Seconde récapitulation
(englobant les développements cognitifs)
Au terme de ce développement sur l’hypothèse d’un module cognitif automatique et inconscient qui génèrerait une valeur mathématique susceptible d’être interprétée par la « conscience » comme étant un phénomène appartenant au monde, récapitulons l’ensemble de l’approche cognitiviste-présentiste des idées de « temps ».
Le « temps » est une question classique de la philosophie. Pourquoi ? Parce que, si les hommes s’accordent sur les notions qu’il recouvre, ils peinent à le définir, à définir ce en quoi il consiste dans le monde réel – ou, dit autrement, ce en quoi le « temps » consiste réellement dans le monde.
Des philosophes classiques comme Aristote ou Saint Augustin attirent notre attention sur les liens étroits existant entre la notion de temps dans notre esprit et la réalité de mouvements dans le monde. Ils notent par ailleurs l’impossibilité d’existence du « passé » ou du « futur » de façon compatible avec celle du présent. Ils suggèrent enfin le rôle certainement important de l’esprit dans la construction des idées de « temps ».
Lorsque nous observons de près les notions « temporelles », nous remarquons tout d’abord que l’heure inscrite sur notre montre d’indique pas du « temps » mais un mouvement (qui est celui de la terre) et une position par rapport à ce mouvement (qui est notre position à la surface de la terre par rapport à l’axe terre-soleil). La montre est un outil « géo-dynamique ».
Il en va de même du chronomètre, qui rapporte un mouvement observé dans le monde à celui effectué par la terre. Une « durée » se rapporte à un fragment du mouvement de la terre.
La réalité du « temps » dans le monde peut-elle être validée par le fait que tous les êtres humains adhèrent à cette idée ? Non. L’unanimité des êtres humains peut très bien adhérer à une idée fausse, si par exemple la perception d’un phénomène est altérée par une illusion perceptive ou cognitive qui est partagée de façon unanime elle aussi par l’ensemble des êtres humains (comme ce fut le cas par exemple pour l’idée du géocentrisme ; comme ce serait le cas si chaque être humain avait la cornée teintée en rouge).
Si ce que nous appelons le « temps » n’existe pas réellement dans le monde, une hypothèse alternative peut être que l’ensemble de ces notions est construit par l’esprit sur la base de la perception de certains phénomènes du monde.
La production des notions temporelles pourrait être causée par un module cognitif automatique et inconscient intercalé entre les systèmes de perception du monde extérieur et la sphère de la « conscience » (ou « mémoire de travail »).
Les phénomènes réels sur lesquels se baserait notre conscience pour élaborer les notions temporelles pourraient être les mouvements de mobiles dans le monde.
Pourquoi le cerveau comprendrait-il un module cognitif automatique susceptible d’inspirer à la conscience des notions abstraites qu’elle qualifierait de « temporelles » ? Le cognitivisme évolutionniste nous invite à penser qu’un animal (c’est-à-dire un être vivant devant se déplacer dans l’espace pour trouver de la nourriture, un partenaire sexuel, et échapper à ses prédateurs) peut d’autant mieux échapper à son prédateur que son calcul des équations de trajectoire (celle de son prédateur et la sienne propre) est rapide et fiable. D’où une certaine probabilité pour que l’évolution naturelle des espèces (c’est-à-dire la transmission de certains gènes aux dépens de certains autres au fil des générations successives) ait favorisé l’émergence, chez les animaux, d’un module automatique de calcul des trajectoires de mobiles en mouvement dans l’espace, et notamment de l’équation de concomitance ou non-concomitance spatiale de deux mobiles (sachant que la concomitance spatiale de l’animal avec son prédateur entraîne sa mort).
Un tel module, intercalé entre le monde et la « conscience », génèrerait des valeurs abstraites, mathématiques, n’ayant pas de réalité concrète dans le monde, et qui seraient qualifiées par la « conscience » de « temporelles ».
Au final, les animaux, contraints d’accomplir des concomitances et non-concomitances spatiales pour survivre (alimentation, partenaire sexuel, prédateur), auraient développé un module cognitif automatique et inconscient capable de résoudre des équations de trajectoire à l’insu de la conscience, plus vite que ne pourrait le réaliser la mémoire de travail. Sur la base des valeurs abstraites établies par ce module automatique, l’esprit des animaux aurait développé des notions de « temps », correspondant à des rapports entre des mouvements se déroulant dans le monde au présent, mais ces notions abstraites ne correspondant pas à des réalités concrètes du monde.
Ceci pourrait expliquer le paradoxe selon lequel, comme le dit en substance Saint Augustin, « nous ‘savons’ parfaitement ce qu’est le ‘temps’… mais sommes incapables de le définir. »