Qu’est-ce qu’un objet archéologique, par rapport à son corollaire moderne ?

Supposons que nous ayons sous les yeux :
- à gauche : un torque celte « d’époque », oxydé par les ans ;
- à droite : son exacte réplique, moderne, en bronze rutilant.
Si le temps n’existe pas, quelle est la différence entre ces deux objets ? Sont-ils identiques ? En quoi sont-ils différents ?

À première vue, l’un est corrodé, cependant que l’autre est rutilant.
Première remarque : bien que semblant rutilant, le second est déjà légèrement corrodé, même si cela n’est pas visible à l’œil nu. En conclusion donc, les deux objets sont corrodés. Ce qui les distingue c’est qu’ils sont corrodés l’un et l’autre à des degrés différents.
Si nous laissons ces objets en l’état, sans rénover celui de gauche, la différence entre les deux objets tient donc essentiellement à leur apparence ; elle est d’ordre visuel.

À présent, lustrons le torque de gauche de façon à ce qu’il redevienne aussi rutilant que celui de droite.
Qu’est-ce qui les différencie maintenant ?
En apparence, plus rien. Visuellement, ils sont parfaitement identiques.

Un puriste nous dira : bien que ces objets soient parfaitement identiques sur le plan de la forme, de la matière et de l’aspect visuel, ils sont différents, parce que les atomes qui les constituent sont distincts. Ce puriste a raison : la différence entre les deux objets ne tient plus qu’au caractère gémellaire, distinct, de leurs atomes. Mais ceci au même titre que sont constitués d’atomes différents deux chandeliers de bronze qui sortiraient simultanément des chaînes de fabrication d’une usine. En conséquence, cette distinction atomique entre deux objets de même forme ne peut exprimer une distinction « historique ».

Alors, que ces deux objets ont-ils de « différent » sur un plan « historique » ?
L’un appartient-il au « passé » ? Non, puisqu’ils sont tous les deux présents sous nos yeux. Les deux appartiennent au « présent ».
En quoi l’un est-il « plus ancien » que l’autre ? En toute rigueur, l’un est plus « ancien » en cela qu’il « exista » une configuration du monde telle que, dans cette configuration, le premier objet existe et le second n’existe pas (il n’appartient pas à la configuration matérielle de ce monde).
Mais qu’est-ce que cette supposée configuration autre du monde ? C’est une idée, une pure idée, qui n’est pas la réalité.
En conséquence, les notions « d’ancienneté », « d’histoire », « d’antériorité »… sont des idées virtuelles, produites par notre cerveau. Ces notions n’ont pas d’existence dans le monde.

Dans le monde réel, nous avons deux objets qui sont de même forme, matière et apparence, et que rien ne différencie (hormis une altérité atomique).
Ce qui pourrait les différencier sur un plan « historique » est une production de notre esprit, qui se base sur d’autres productions de notre esprit, dont celle, erronée, que « du temps peuple le monde » (alors que le monde n’est peuplé que de matière en mouvement dans un perpétuel présent).
La distinction entre un objet dit « moderne » et le même objet dit « ancien » est donc culturelle, intellectuelle. Elle ne se base pas sur la réalité du monde.

Il faut toutefois reconnaître que l’observation trompeuse du monde, le langage temporaliste et la culture « historique » de l’être humain conditionnent tellement sa pensée qu’une somme de travail importante sera nécessaire pour essayer d’expliquer et élucider ce en quoi consistent, dans une approche cognitivo-présentiste, les notions « d’histoire » et « d’ancienneté » d’un objet.